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Web3 : 5 usages business incontournables de la blockchain

A l’image de l’intelligence artificielle, désormais pleinement implantée dans les cœurs de métiers des entreprises numériques, la blockchain propose des usages business pour de nombreux secteurs. Alors que le Web3 poursuit son expansion, plusieurs domaines utilisent dès à présent la technologie pour développer leur activité et attirer de nombreux partenaires en recherche d’innovation pérenne.

Présentée comme l’une des technologies les plus innovantes de ces dernières années, la blockchain apparaît comme incontournable pour toute entreprise qui désire activer des leviers de croissance et d’innovation. A l’orée du développement du Web3, de nombreux secteurs sont donc appelés à transformer leur activité et ainsi utiliser ces technologies.

Le Web3, un moteur pour de nouveaux usages business blockchain TechTalks Photo by Clint Adair on Unsplash
Le Web3, un moteur pour de nouveaux usages business

Qu’il s’agisse du retail, de la finance, de la traçabilité des produits et services, une infinité de professions sont appelées à modifier leur fonctionnement. En ce sens, les technologies innovantes liées au Web3 sont en mesure d’apporter des éléments de confiance nouveaux auprès des entreprises, mais également des consommateurs. Ces derniers peuvent ainsi désormais disposer d’une transparence supplémentaire au regard des outils et services qu’ils utilisent.

De leur côté, les entreprises sont à présent à même d’adopter des suivis de leur empreinte carbone ou d’adopter des réflexes liés à la RSE. L’idée étant de démontrer in fine qu’elles s’inscrivent dans une logique de démarche propre. La blockchain apporte en ce sens une mesure supplémentaire de confiance.

Web3 : vers une adoption de plus en plus importante

L’adoption des technologies et services liés à la blockchain demande pour toute entreprise de réaliser un exercice intellectuel particulier. Celui de projeter sa propre activité dans un nouveau modèle dans lequel une partie des échanges seront soumis à un nouvel écosystème de confiance partagée. Cela va donc demander de réaliser un travail de fond auprès de ses partenaires, mais également de ses propres clients, afin d’établir un nouveau paradigme. Après avoir intégré le fait que bâtir un projet de blocs décentralisés ne contribue pas à rendre une entreprise tiers de confiance, elle peut trouver de nouveaux systèmes de consensus.

Pour y parvenir, elle va probablement devoir passer par l’étape dite du Proof of Work. Ce volet clé de tout projet technologique permet de mettre à plat l’ensemble des volets juridiques du sujet. Il permet en outre de délivrer une valeur à la blockchain. Qu’elle soit juridique ou financière, cette valeur détermine la viabilité du projet. Vient ensuite la réalisation du cahier des charges, du workflow et du parcours utilisateur.

P-TECH Salesforce TechTalks  Web3 Blockchain

Romain Manivel, CEO et co-fondateur de la Blockchain Agency, explique : « le besoin de pédagogie auprès des entreprises demeure encore important. Certaines d’entre elles disposent déjà de notions sur le sujet. Ont une vision macro et adoptent une certaine cohérence. D’autres ne déploient qu’une vision consécutive aux problématiques qu’elles rencontrent. Ces dernières ont souvent tendance a vouloir tout contrôler de bout en bout, quand bien même elles se lancent dans un projet blockchain. »

« Le marché français n’est pas encore totalement mature« 

Le responsable poursuit : « Le marché français n’est pas encore totalement mature sur le sujet. Il est toutefois évident que de nombreux projets vont éclore en France dans les 5 prochaines années. Les entreprises sont désormais davantage averties quant aux possibilités permises par la technologie. C’est pourquoi de nouveaux projets vont voir le jour, d’autres vont devoir être revus. Nous allons assister à de nouvelles prises de conscience sur le sujet. »

Les secteurs pouvant s’intéresser de près à la blockchain vont ainsi de la traçabilité alimentaire à la gestion des transporteurs (via notamment le transfert de responsabilité), en passant par la gestion des litiges ou la dématérialisation des titres non côtés, la certification de compétences…

A terme, de nombreuses entreprises ou des organismes publics vont donc être appelés à déployer de nouvelles initiatives en la matière. On pense notamment aux cadastres décentralisés dans une optique de lutte contre la corruption. D’autant que les projets mêlant écologie et développement numérique devraient croître. A mesure que les entreprises vont prendre conscience de leur impact écologique, elles pourraient donc s’orienter vers des outils attestant de la transparence de leur démarche.

Quand les cryptomonnaies profitent à tous

Lorsque l’on évoque les technologies liées au Web3 la première qui vient à l’idée recouvre incontestablement le secteur des cryptomonnaies. Ces devises sont présentées sous la forme de monnaie numérique émises de pair à pair. Là encore, la notion de décentralisation, chère au Web3, est bien présente puisqu’en principe aucune banque centrale ne régit ces éléments monétaires. Afin de garantir toute sécurité et transparence, ces « cryptos » utilisent des méthodes cryptographiques afin d’associer l’utilisateur aux processus d’émission et de règlement des transactions.

Bien que la principale critique de ces monnaies se concentre sur le risque de spéculation, et donc de volatilité de son cours, des solutions de contournement existent. C’est le cas par exemple des stablecoins. La valeur de ces monnaies restent adossées à d’autres étalons -le dollar ou l’euro par exemple- ce qui a l’avantage de mettre de côté la volatilité des bitcoins et autres Ether.

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Certaines applications permettent ainsi d’utiliser des blockchain publiques dans le but d’acquérir des actifs numériques. Ces derniers peuvent alors être conservés ou échangés par l’utilisateur ou au moyen d’un logiciel propre. C’est le cas par exemple de l’application Verso qui permet de se procurer et d’utiliser des cryptoactifs.

« Les jeunes générations n’accepteront plus de disposer de points de fidélité non interopérables »

Fondée voilà deux mois par Hervé Hababou, l’entreprise, membre de Numeum, totalise déjà 40 000 utilisateurs. Son dirigeant explique : « L’application est en capacité de permettre au grand public de disposer de cryptomonnaies via des systèmes de reward ou de cashback. Des UDSC (USD Coin est une cryptomonnaie de type stablecoin dont la valeur unitaire vaut 1 dollar, ndr). L’outil propose également d’échanger des cryptoactifs pour les faire fructifier. Nous donnons en outre la capacité de payer certains achats avec cette monnaie, notamment via des cartes cadeaux de grands magasins. Les utilisateurs auront ainsi la possibilité de dépenser leurs cryptomonnaies dans un environnement physique. Et cela, sans passer par la case banque. »

L’application prend appui sur une tendance de fond à partir de laquelle les jeunes générations vont souhaiter disposer de plus en plus d’éléments numériques interopérables. Le responsable ajoute : « Les jeunes n’acceptent plus de disposer de points de fidélité qui ne soient pas interopérables. Cette génération préfère recevoir des cryptomonnaies ou des NFT de leurs marques préférées. Ces monnaies et ces actifs émis par des entreprises privées aura quantité d’effets bénéfiques pour l’économie. De même qu’il est difficile pour les plus jeunes d’imaginer qu’il y eu un monopole d’Etat des télécommunications, la libéralisation de la monnaie est révolutionnaire. A condition d’en contrôler les effets systémiques et autres effets de bord. »

A mesure qu’une partie de la consommation de biens passera par le numérique, ce type d’actifs a toutes les chances de se développer. De quoi anticiper une croissance certaine de la blockchain pour les entreprises.

La blockchain au service de la transformation numérique

De nombreux métiers sont en cours de transformation. Pour y parvenir, elles s’appuient sur le numérique. Certains secteurs comme l’immobilier ou professions réglementées (comptables, notaires…) s’intègrent pleinement dans ce mouvement de fond. Ces derniers ont ainsi besoin de connaître pleinement la nature des éléments qui sont signés. L’idée pour les entreprises spécialisées est alors de construire un modèle autour de la certification documentaire.

Christophe Carminati, co-fondateur de Contractchain, explique : « Nous travaillons dans le secteur de l’immobilier car il s’agit d’un monde dont les contrats sont complexes, souvent en format papier et composés de très nombreux document. Il n’est en effet pas rare d’avoir 1 mètre cube de papier pour décrire un contrat global. La vérification de l’ensemble de ces éléments peut alors devenir chronophage. Si des coquilles soient présentes, alors elles sont signées sans que quiconque ne s’en aperçoive. »

« Un contrat peut devenir un document plus riche« 

Il poursuit : « notre objectif était donc de certifier tous les types de supports (Autocad, maquettes BIM, documents Excel…) afin de les intégrer dans les contrats de construction. La blockchain nous a permis de proposer une documentation certifiée et sans limite de taille. Le contrat devient alors un document plus riche. On y a ajouté une automatisation des revues de contrats pour que les signataires soient certains de disposer de la même version des documents et donc de les signer en confiance.« 

L’idée est donc pour la société de se spécialiser dans le traitement des contrats volumineux et complexes. L’idée sous-jacente étant alors d’intégrer une quantité de données importantes au sein des contrats. Certains secteurs s’y prêtent alors particulièrement bien, comme l’aéronautique, la construction navale ou l’immobilier.

Christophe Carminati explique : « La blockchain (qu’il faut différencier des crypto-monnaies – qui sont un des usage) ne constitue par une révolution per se. Ce n’est pas, comme on l’entend trop souvent le nouvel Internet. Elle ne supprimera pas les tiers de confiance. Le cœur de métier des officiers ministériels va bien au-delà d’un coup de tampon ,ils usent de leur intelligence et de leur connaissance du droit pour prodiguer des conseils. La blockchain doit donc se présenter comme un moyen de les soutenir, de les aider à s’assurer de l’intégrité des documents qui pourront dès être des modèles numériques, au bénéfice de leurs clients. Il faut y comprendre que c’est bel et bien l’usage qui doit supplanter la technologie et non l’inverse. »

Quand le Web3 se conjugue avec la finance

La blockchain peut donc aisément s’appliquer à l’économie réelle. Un paradigme qui s’applique pleinement pour le secteur de la finance. Certaines entreprises proposent des outils de back-office bancaires chargés de vérifier la conformité des signatures des documents présentés lors d’opérations bancaires.

Ainsi, des acteurs traditionnels du secteur sont en mesure de poursuivre leur transformation numérique. La brique technologique permet alors d’opérer une sorte de jointure entre « l’ancien monde papier » et celui promis par le Web3.

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Clément Francomme, CEO d’Utocat, explique : « Nous nous sommes spécialisés dans l’automatisation de l’administratif sur les actions et obligations d’entreprises qui ne sont pas cotées en bourse. L’idée est de pouvoir mettre ces actions et obligations très facilement dans les PEA/PEA PME-ETI PERi et Assurance vie Luxembourgeoise. Notre positionnement est de considérer qu’il convient d’aider les investisseurs et les entreprises qui veulent réaliser des investissements. Cette logique est résolument complémentaire avec celle des fonds de Private Equity ou de financement participatif. Les entreprises sont plutôt matures sur le sujet car le marché est estimé à 35 milliards d’euros de flux. Les opérations les plus importantes se réalisent avec des ETI de taille conséquente. Nous permettons ainsi le développement de Management Packages lorsque des entreprises veulent partager le fruit de leurs réussites avec leurs salariés les plus talentueux au moyen de véhicules dédiés. »

Cette logique de partage du profit, sans perte de contrôle s’avère particulièrement pertinente pour certaines typologies de sociétés. Le responsable ajoute : « Nous restons pragmatiques quant à la finalité de la technologie. Elle doit constamment mettre en avant la facilité d’usage, la possibilité d’une réduction des coûts et l’innovation. »

La blockchain pour rendre les produits traçables

Certaines applications business pour la blockchain apparaissent plus évidentes que d’autres. Alors que le Web3 poursuit son développement, le public est en demande constante quant à la traçabilité des produits qu’il consomme. Que ce soit l’agroalimentaire, la traçabilité des médicaments ou le secteur de la mode/luxe, l’exigence de la transparence est devenue un élément clé pour toute entreprise.

La blockchain permet à ce titre de garantir l’origine d’un produit ou d’attester de sa qualité. Pour une marque, l’objectif est de démontrer à l’ensemble de son écosystème que ses propres fournisseurs sont bel et bien conformes à son cahier des charges éthique ou technique.

« La responsabilité éthique des entreprises commence à s’étendre« 

Sylvain Cariou, Directeur associé Crystalchain explique : « La responsabilité éthique des entreprises commence à s’étendre. La Société va demander davantage de comptes aux grands donneurs d’ordre quant à la gestion de leurs propres fournisseurs. Ces exigences iront prochainement bien au-delà des simples volets fiscaux actuels. Cela signifie que ces mêmes entreprises doivent collecter de l’information pertinente sur leur propre activité. Il est en effet désormais envisageable de publier un affichage environnemental identique à la méthode du Nutriscore pour l’alimentation. Un changement qui évolue vers davantage de transparence, de contrôle éthique, et d’attention envers le bien-être animal ou l’écologie. A terme, la réglementation va instaurer de nouvelles exigences vis-à-vis des marques. »

Par principe, la blockchain permet en effet d’enregistrer des informations et de certifier que celles-ci sont correctes. Il revient alors aux entreprises de collecter ces données et de s’assurer de leur fiabilité. S’instaure alors un cercle vertueux permettant d’initier une confiance entre prestataires et entreprises.

Sylvain Cariou de Crystalchain ajoute : « Il est actuellement nécessaire que certaines entreprises adoptent de nouvelles attitudes. La clientèle est désormais plus sensible aux volets éthiques et traçabilité des produits. La logique est identique en termes de santé alimentaire. La blockchain permet des gains business. Car en cas de crise sur une typologie de produit, seuls les lots ciblés pourront être retirés de la vente. Cela permet de ne pas jeter de production entière. »

Le Web3 au profit des services traçables

Les produits sont loin d’être les seuls à pouvoir bénéficier d’une transparence et d’une traçabilité. Les services, eux aussi, sont à même de permettre l’innovation. C’est dans ce cadre que l’activité de Transchain s’inscrit. La start-up propose un blockchain publique permettant la fluidification des échanges entre entreprises. L’idée étant alors d’assurer une traçabilité des services rendus en particulier lorsque ces derniers nécessitent de contenir une certification, une signature numérique ou bien encore un horodatage.

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Là encore, l’entreprise mise sur une utilisation ouverte pour l’ensemble de ses clients. Ainsi qu’une transparence pour « préserver le secret des affaires, le contrôle des données ainsi que la confidentialité« , précise la société. L’idée étant que chaque société puisse conserver un certain contrôle de ses actifs, y compris en utilisant la blockchain.

Un secteur qui a, encore une fois, vocation à se développer. L’entreprise a ainsi réalisé une levée de fonds de l’ordre d’un million d’euros (notamment via BPI France). Ces subsides doivent servir à développer l’activité de la pépite auprès de ses partenaires en France et dans le monde.

Olivier Robillart