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Transports : comment la Smart City pourrait mettre de l’ordre dans Paris (et ailleurs) ?

Avec le développement des villes et des grandes agglomérations, les déplacements urbains ou péri-urbains sont devenus complexes. Pour éviter les congestions et de perdre des heures dans les bouchons, des solutions surfent sur la vague de la Smart city. Des concepts comme la micro-mobilité, le déplacement multimodal ou les taxis-volants représentent des solutions viables pour la mobilité du futur.

Les transports publics ne peuvent pas tout. L’avènement de nouveaux services de mobilité ancrés dans les habitudes (VTC, partage de véhicules…) ou destinés à être utilisés massivement (trottinettes et véhicules électriques) sont le signe que la mobilité de demain sera résolument multimodale, ou ne sera pas.

C’est pourquoi ces derniers mois ont vu fleurir de nouvelles formes de se mouvoir. A Paris, la start-up américaine Bird estime que 5% de la population de la capitale a déjà utilisé son service. Un tiers des déplacements seraient ainsi effectués de manière complémentaire avec un trajet en bus, en métro voire d’un train. De son côté, Uber réfléchit d’ores et déjà à l’étape suivante en réalisant des tests de voitures autonomes mais en faisant également voler des engins capables de servir de taxis quotidiens au-dessus du ciel.

Dans ce cadre, de nouvelles règles devraient prochainement être mises en place en France par le Gouvernement. La LOM (loi d’orientation des mobilités) a pour ambition de laisser une place plus importante aux services de déplacements privés, en complément de l’offre publique. Le projet de loi propose aux collectivités la mise en place de solutions alternatives comme le développement de plateformes de covoiturage, l’organisation d’un service de transport à la demande ou encore la mise en place de véhicules en autopartage.

Le texte suit, dans les grandes lignes, les propos du Premier ministre Edouard Phillipe, prononcés à l’Assemblée nationale : « Le temps des grandes infrastructures de transport doit céder la place à des politiques tournées vers de nouveaux modes de mobilité qui associent les nouvelles technologies, le secteur public comme le secteur privé, les microentreprises comme les champions nationaux ». Le ton est ainsi donné : le secteur du transport a vocation à se développer via l’innovation, en particulier la Smart city.

La modélisation de « Virtual Rennes » permet d’aborder les problématiques d’aménagement et de gestion de la ville, en particulier la mobilité et le transport multimodal.

Un concept qu’ont déjà intégré les éditeurs français. Une partie d’entre eux sont allés plus loin que le simple concept de ville connectée pour créer des territoires intelligents à l’échelle d’une ville. Dassault Systèmes développe la numérisation de Rennes en créant une véritable ville numérique jumelle via la simulation 3D. La modélisation de « Virtual Rennes » permet d’aborder les problématiques d’aménagement et de gestion de la ville, en particulier la mobilité et le transport multimodal.

Disposer de son double virtuel permet ainsi d’apporter des solutions d’optimisation des déplacements à l’échelle de mégapoles. C’est pourquoi Singapour s’est également dotée d’une solution de virtualisation de la ville pour définir de nouveaux moyens de définir la mobilité intra-muros. Là encore, la modélisation a été mise au service de la pluralité des moyens de se déplacer.

Trottinettes, scooters, voitures électriques, tramways : la micro-mobilité, la solution miracle ?

L’Île-de-France représente un formidable terrain d’expérimentation en matière de mobilité innovante. Le réseau de transport public urbain accueille quotidiennement plus de 12 millions d’habitants, ce qui représente un peu moins de 19% de la population française. Outre le réseau traditionnel représenté par les lignes de métro, tramway et autres transports guidés, de nouveaux moyens ont fait leur apparition.

« Nous croyons beaucoup au principe de micro-mobilité », explique Louise Pasin, en charge de la communication chez Uber France. « Nous avons racheté la société Jump spécialisée dans la mise à disposition de vélos électriques en libre-service. Des pilotes ont ainsi été lancés pour déployer des vélos dans 12 villes américaines en ajout des trottinettes Jump ou Lime (start-up dans laquelle Uber a investi, ndr). Ces outils apparaissent ainsi directement au sein de l’application mobile. L’enjeu est de taille car la moitié des français font moins de 5 kilomètres par jour, il est donc important de leur proposer des transports moins coûteux. Notre ambition est clairement de nous inscrire dans cette logique de plateforme multimodale ».

Dans cette logique d’établir un nouveau champ des possibles, Uber propose un site Web ouvert baptisé Movement dont l’objectif est de permettre aux urbanistes et collectivités de connaître les impacts des déplacements urbains sur l’ensemble du trafic. Les données agrégées par la société sont anonymisées et permettent de définir de nouveaux projets pilotes, voire de tenter de mettre en place de nouvelles voies de transport.

En ce sens, les airs représentent une nouvelle frontière pour les sociétés spécialisées dans la mobilité urbaine. La société américaine annonce en ce sens qu’elle ouvrira très prochainement un centre à Paris dédié à ce type de solution. L’ATCP -pour Advanced Technology Center Paris– doit permettre de réfléchir à la mise sur pied d’un véritable service de taxi volant. Les premiers tests concrets doivent survenir en 2020, les tests commerciaux en 2023 et 2025 (dans le prolongement du projet Uber Elevate).

L’idée est surtout d’inscrire l’aérien dans une logique multimodale pour desservir certaines zones dédiées pour assurer l’atterrissage de ce type d’engins. Les toits des parkings, les héliports et les terrains laissés vacants à proximité des péages pourraient être aisément utilisés.

Une ville intelligente mais inclusive et souveraine

Si l’innovation constitue sans conteste le moyen le plus évident de développer les surfaces urbaines, il n’en demeure pas moins que certains principes permettant d’assurer une continuité devront être constitués, même en présence d’une multiplicité de moyens de locomotion. Dans cette optique, le rapport du député de Maine-et-Loire Luc Belot remis en avril 2017 au Premier Ministre insiste sur ces éléments.

Baptisé « De la smart city au territoire d’intelligence(s) L’avenir de la smart city », le document préconise d’assurer « que les territoires gardent la maîtrise de la donnée, des outils, applications smartphone, des logiciels métiers, et que la standardisation et la réversibilité soient des préalables ». L’idée est que la cité puisse répondre à l’ensemble des besoins des citoyens, sans uniquement favoriser certains points évidents ou nœuds de circulations intensifs.

Un point sur lequel Uber France travaille, notamment dans la ville de Nice dans le cadre d’un pilote avec la régie Ligne d’Azur. « La ligne de tramway s’interrompt certes à 2 heures du matin mais les bus ne stoppaient leurs courses qu’à 20 heures, les habitants n’avaient donc plus de solutions. Nous avons donc mené un partenariat avec la régie en vue de proposer des tarifs fixes de 6 euros pour combler les besoins à ces mêmes horaires », nous explique Louise Pasin.

Outre la complémentarité, la mobilité au sein de la smart city devra être inclusive. Là encore, le rapport Belot insiste sur le fait que l’usager doit être placé au centre des attentions. Il est ainsi question de « donner une place à chaque citoyen, sans fracture sociale ou numérique. Dans une vraie logique d’empowerment le mettre au cœur des projets en passant d’une approche centrée usager (user centric) à une approche centrée citoyen (citizen centric) ».

Pour l’éditeur Berger-Levrault, la démarche est actée depuis plusieurs mois via son « portail citoyen » lequel référence les besoins des habitants au moyen d’un service Web mobile qui tisse un lien entre citoyens et les services concernés de la ville. « La transformation digitale, les évolutions de la coopération intercommunale et les enjeux liés aux ressources consacrées aux politiques locales posent le cadre d’une nouvelle donne territoriale », analyse en ce sens Pierre-Marie Lehucher, PDG de Berger-Levrault auprès d’Alliancy. Le logiciel permet-là de refonder les services de proximité en optimisant ses moyens grâce au numérique.

Voiture, train, vélo… et le parking alors ?

Dans cette mouvance concomitante entre la micro-mobilité, le développement de nouvelles formes de se déplacer ou les plateformes multimodales naît un besoin, celui de bénéficier d’espaces de stockage disponibles pour parquer les véhicules. Le secteur de la gestion est actuellement en plein essor et suscite l’intérêt non seulement des collectivités mais également des promoteurs immobiliers et gestionnaires de parking.

Des start-ups se sont ainsi spécialisées dans le domaine et proposent des logiciels de gestion des espaces de parking mutualisés. C’est le cas par exemple de locaux d’entreprises inutilisés le soir et la nuit qui sont ouverts aux habitants du quartier. « Nous exploitons les places de parking au moment où le besoin existe, en particulier dans les immeubles mixtes (présence de locaux d’habitation et de bureaux) dans lesquels existe une rotation des besoins », explique Michael Lalande, cofondateur d’Idealys, un éditeur de logiciels spécialisés dans le domaine.

« Une fois que l’offre existe, nous travaillons avec des opérateurs de transports multimodaux pour proposer aux utilisateurs des offres leur permettant d’utiliser les transports publics moins cher. Nous menons depuis plusieurs années des expérimentations en ce sens à Montpellier, et nous allons étendre le principe à l’ensemble de la ville, et ce sur toute l’offre multimodale », ajoute le responsable.

Avec l’avènement des villes intelligentes naissent ainsi de nouveaux besoins et de nouveaux marchés aptes à s’interconnecter avec les briques servicielles des éditeurs. S’ouvre ainsi un champ des possibles renouvelé et en perpétuelle innovation au gré des mutations des villes et des besoins grandissants au sein des grands ensembles.