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P-TECH : Mikaël Colombo, « l’Education nationale est dans le concret avec les entreprises du numérique »

P-TECH permet aux professionnels d’accompagner des lycéens, de la 2nde de baccalauréat professionnel jusqu’au BTS sur le champ des compétences liées au numérique (exemples bac professionnel SN Systèmes numériques, BTS) ou BTS SN Systèmes Numériques option Informatique et Réseaux). Au centre du programme d’accompagnement, le ministère de l’Education nationale impulse la relation entre établissements et entreprises.

Chaque semaine, la rédaction de TechTalks propose un éclairage sur le programme P-TECH au travers d’interviews et de partages d’expériences d’entreprises partenaires. L’objectif est de mettre en lumière ces actions en faveur de l’emploi des jeunes étudiants et de leur formation. Numeum est ainsi la seule organisation professionnelle partenaire du programme aux côtés du ministère de l’Education nationale et des entreprises engagées.

Aujourd’hui, la parole est donnée à Mikaël Colombo, Chargé d’études et d’évaluation « Transformation de la voie professionnelle », Bureau des lycées professionnels, de l’apprentissage et de la formation professionnelle continue.

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Quel est l’apport de P-Tech ?

Le mentorat P-Tech permet une montée en compétences des élèves sur le champ du numérique. Celles-ci sont apportées par des professionnels au moyen d’actions préparés avec les enseignants.

Au niveau des personnels de l’Education nationale, P-TECH permet aux enseignants de renforcer leur collaboration avec des entreprises géographiquement proches de l’école. Jusqu’à présent, peu de dispositifs permettant une entrée régulière des entreprises dans les établissements scolaires existaient avec ce niveau d’investissement auprès des élèves. Ce travail régulier apporte des compétences et savoirs ainsi qu’une nouvelle manière de travailler. Le programme apporte de la nouveauté tout en respectant le cadre de fonctionnement des établissements, des programmes et des diplômes. Ce travail de partenariat pédagogique constitue aussi un levier d’amélioration du climat scolaire au bénéfice des élèves.

En ce qui concerne le ministère de l’Education nationale, P-TECH apporte un renforcement de la relation école-entreprise sur le champ du numérique, qui évolue rapidement. Nous souhaitons préparer les élèves à l’emploi et au marché du travail. Mais également à la nécessité de s’adapter et d’avoir des connaissances suffisantes du monde professionnel. P-TECH est le vecteur d’un travail partenarial concret et opérationnel entre établissements et entreprises. Il permet d’approfondir et diffuser des pratiques pédagogiques innovantes. Elles soutiennent l’acquisition de compétences et de savoirs utiles et pertinents pour les emplois visés par les jeunes.

Comment attirer de nouvelles entreprises au sein du dispositif ?

L’un des leviers majeurs pour les entreprises est relatif à la RSE. L’engagement dans des activités de mentorat entre dans le champ de la RSE, ce qui constitue un argument de poids pour mettre en place et développer des actions concrètes au titre de P-Tech.

Les académies disposent également de leurs propres réseaux permettant d’identifier de nouveaux partenaires professionnels. Au niveau national, nous cherchons à mobiliser des partenaires relais (comme Numeum). Ces derniers doivent être capables de déterminer quelles pourraient être les entreprises intéressées par le dispositif, et de les entrainer dans celui-ci.

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L’Education nationale cherche également à créer des dynamiques autour d’un secteur d’activités dans le cadre de l’écosystème existant sur un territoire. Je pense à la plasturgie par exemple. L’un des dispositifs P-TECH mis en place dans un établissement porte sur un baccalauréat professionnel. Mais également un BTS dédié à ce champ (plastiques et composites). Nous avons contribué, avec l’académie concernée, à créer une véritable dynamique autour du secteur avec la mobilisation de plusieurs entreprises. Pas moins de 3 sociétés de tailles relatives ont ainsi été regroupées autour d’un établissement pour travailler le mentorat P-TECH ensemble car elles avaient un fort besoin de recrutement. La proximité constitue ainsi un levier fort et permet de nouer un lien organique entre entreprises et établissements.

En tout état de cause, nombre d’entreprises soulignent que les mentors apprennent en même temps que les élèves. L’échange permanent entre jeunes et professionnels leur permet de découvrir les contraintes de chacun. Les faire dialoguer et concorder permet à chacun d’apprendre de l’autre.

Pourquoi est-ce une réussite pour l’Education nationale ?

Chaque année, le ministère réalise un suivi et un bilan de la mise en œuvre de P-TECH en lien avec les académies et les établissements. Ce travail nous permet de disposer d’indicateurs et d’éléments d’appréciation sur les retombées et impacts du programme, même s’ils ne sont pas exhaustifs pour le moment (le programme est jeune). Et les retours des établissements sont unanimes quant aux aspects positifs que procure P-TECH.

On constate ainsi une amélioration nette du climat scolaire dans les établissements concernés. Il s’agit là d’un indicateur important pour l’Education nationale car il concerne le bien-être de tous. Il reprend des aspects relatifs à l’assiduité des élèves, la confiance en soi ou le sentiment de sécurité et d’appartenance. Nous constatons également une baisse du décrochage malgré un contexte difficile lié à la situation sanitaire.

Nous constatons à présent que des entreprises en contactent d’autres pour prendre part au programme. Il s’agit d’un effet « tâche d’huile » positif qui montre l’attrait du programme pour les professionnels.

Quels sont les prochains jalons ?

A date, pas moins de 9 dispositifs P-TECH (impliquant 15 établissements) sont en cours à travers la France pour des cursus démarrant en seconde professionnelle. Ils couvrent les trois années de préparation au bac pro ainsi que les deux années de préparation au BTS. Au total, 300 élèves sont concernés. Un chiffre qui est amené à augmenter naturellement avec l’ouverture d’autres classes-P-TECH. Le programme est soutenu par le ministère et cadré par un accord-cadre national qui vient d’être renouvelé pour cinq ans.

En outre, le programme doit devenir le fer de lance du mentorat professionnel en France en lycée pro, comme l’a indiqué le ministre à l’université école entreprise d’octobre 2021, à Poitiers. Il doit donc inspirer le développement du mentorat.

Le second axe de développement concerne l’égalité entre filles et garçons. Le sujet traverse naturellement l’Education nationale et est encore plus prégnant en lycée professionnel. Encore trop peu de femmes sont présentes dans ces filières. Nous espérons que P-TECH soit un levier de progrès sur cette dimension.

Olivier Robillart