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Karine Picard, DG Oracle France :« Nous travaillons activement à l’obtention de la certification SecNumCloud »

Karine Picard est à la tête de la division française d’Oracle depuis octobre 2019. De part sa fonction de « Country leader », elle conduit la société en tant qu’acteur incontournable de l’innovation. L’éditeur s’ancre désormais résolument vers le cloud de seconde génération et l’intégration fine de l’intelligence artificielle au sein de ses outils.

Karine Picard Oracle France TechTalks
Karine Picard, Country Leader Oracle France

Comment Oracle a traversé la crise Covid et quel impact anticipez-vous sur votre business ?

Karine Picard : D’un point de vue strictement business, Oracle disposait en France d’un nombre conséquent de dossiers en cours. Il a donc été possible de les conclure, même à distance. Oracle occupe une place de choix au sein de secteurs qui ne sont pas arrêtés durant la crise. Nos collaborateurs ont donc été en mesure de poursuivre leurs activités en télétravail. Nous n’avons pas eu recours aux procédures de chômage partiel et tenions à garantir à travers nos entités dans le monde une véritable assurance en termes d’emploi et de sécurité.

La période a également permis de maintenir les liens à distance. Toutes les semaines, le partage d’informations a été le maître-mot au travers de meetings et d’événements en ligne réguliers baptisés « Oracle France Connect ». Ils ont permis de renforcer les liens et l’appartenance au groupe. Et le bilan est tout à fait positif. Contrairement à certaines idées reçues, le numérique ne dégrade finalement pas le lien social, il le renforce.

Le numérique ne dégrade finalement pas le lien social, il le renforce

Si nous avons eu la chance de pouvoir télétravailler dans de relatives bonnes conditions, ce ne fut pas le cas pour tous nos clients. Certains ont rencontré de vraies difficultés d’adaptation face au changement. La période a été révélatrice du décalage en termes de maturité numérique entre certains grands comptes et d’autres sociétés plus agiles. De grandes entreprises n’étaient in fine pas correctement équipées pour traverser cette phase de transformations. Je pense notamment à certaines grandes banques ou au secteur public. D’autres, au contraire, étaient déjà plus agiles et capables de recourir à des modes de collaboration plus ouverts. Cela a fait l’effet d’un révélateur quant à la nécessité d’accélérer leur transformation digitale.

La crise va renforcer le « move to Cloud » des clients. Dans quelle mesure cela représente une opportunité pour Oracle ?

Karine Picard : Le mouvement est évidemment à l’accélération du cloud. L’écosystème a désormais bien saisi pendant le confinement l’opportunité que la technologie représentait. Nous allons toutefois assister à une période de reprise de l’ensemble de l’économie, qui devrait durer de 8 à 12 mois, avant que chacun ne reparte vers un trend de croissance.

Dans cet intervalle, les projets efficaces dotés d’un ROI relativement court et d’une implémentation des plus rapides ont été identifiés. Dans ce contexte, la logique de move to cloud va s’accélérer. Nos équipes sont ainsi en mesure de diriger leurs clients vers notre infrastructure OCI (Oracle Cloud Infrastructure), un véritable cloud de deuxième génération, par opposition aux plateformes de première génération qui sont les autres disponibles sur le marché, pour établir des avantages concurrentiels post-crise. Oracle était jusqu’à présent perçu comme un challenger par rapport aux grands acteurs du cloud. La période permet désormais de mettre en avant notre maturité sur le sujet. Nous avons accéléré cette transformation dans la perception qu’a le public, vers celle d’un véritable cloud provider de premier plan.

La logique de move to cloud va s’accélérer. Nos équipes sont ainsi en mesure de diriger leurs clients vers notre infrastructure OCI, de seconde génération

Sur le plan métier, nous avons identifié des problèmes récurrents pour nos clients. En termes financiers, les outils de simulation et de cash flow se sont révélés prééminents. Les entreprises ne disposaient pas suffisamment des briques nécessaires pour anticiper d’éventuels changements de business model, pour modeler le versioning ou bien encore la gestion et les allocations des ressources entre les différents métiers (workforce planning). Ils peuvent désormais effectuer des simulations de cash, d’allocations de ressources ou même des calculs de BFR. Cela permet de prendre des décisions beaucoup plus rationnelles en situation de tension tout en gagnant en agilité.

Oracle a ainsi mis à disposition gratuitement un certain nombre d’outils existants sur notre cloud. Nos clients RH profitent de l’outil « Workforce Health and Safety » qui permet de monitorer la santé des collaborateurs en temps réel. Pour ceux qui avaient besoin de planification le modèle de simulation disponible dans notre solution EPM leur est ainsi proposé gratuitement pendant une année. Ce sujet est devenu clé. Les demandes business sur ces mêmes sujets deviendront plus nombreuses dans les mois à venir.

Comment percevez-vous la montée des régulations sur la question de souveraineté du numérique ?

Karine Picard : Depuis 8 mois, nous vivons une forte accélération en termes d’ouverture de nos data centers dans le monde. Oracle s’est récemment focalisé sur les priorités relatives au Brexit. Nous avons donc ouvert un data center à Zürich et renforcé nos positions en Allemagne (Francfort) et aux Pays-Bas (Amsterdam). Cela permet ainsi que tous nos clients hors-UK puissent héberger leurs données sur le sol européen.

La notion de « cloud at customer » est devenue plus prégnante, les attentes de nos clients étant naturellement centrées autour de leurs besoins. Les marchés publics et les sociétés bancaires s’orientent tout particulièrement vers des outils de cloud public hébergé sur le sol français derrière leur propre pare-feu. Oracle se charge de l’administration mais avec toutes les précautions relatives à la cybersécurité et dans le respect des contraintes réglementaires propres à certains secteurs d’activité.

Nous développons aussi des « regional cloud » ultra-sécurisés. Ces derniers sont particulièrement pertinents pour le traitement de données stratégiques des Etats. Dans ce cadre, nos équipes ont conduit ce type de projet avec le Gouvernement français. Nous échangeons ainsi avec les équipes de Cédric O dans le but de déterminer ce qu’un acteur américain peut apporter sur les questions de souveraineté des données, mettant en avant les questions de fiabilité et de disponibilité de ces datas. Une nationalité d’éditeur ne revient pas forcément à signifier une réelle souveraineté. C’est pourquoi nous travaillons activement à l’obtention de la certification SecNumCloud et souhaitons devenir le premier éditeur américain à pouvoir être certifié de la sorte.

Il s’agit-là d’une priorité. Oracle est historiquement un partenaire privilégié de l’Etat et un acteur de confiance en matière de cloud. Les institutions n’ont pas le temps d’attendre plusieurs années avant qu’un nouvel acteur majeur du cloud n’émerge. Elles doivent s’équiper dès à présent. Nos investissements annuels en Recherche et Développement s’élèvent à 6 milliards de dollars. Ils reflètent la qualité de nos innovations technologiques perpétuelles.

Oracle est perçu comme une entreprise très expérimentée et qualifiée en matière de base de données. Nous sommes en mesure de nous charger de process critiques d’Etats et de gouvernements. C’est un avantage en période de crise, cela représente des fondamentaux nécessaires et remarqués.

Dans quelle mesure l’IA représente-elle une perspective de développement pour Oracle ?

Karine Picard : En tant qu’éditeur, il n’était pas pertinent de créer de plateforme d’intelligence artificielle en tant que marque propre. Je développe la conviction forte que la démocratisation de l’intelligence artificielle passe par la création de modèles et d’algorithmes embarqués au sein des différentes applications. Et ce, pour des cas d’usage qui font sens.

Je cite souvent l’exemple de la recherche d’emploi. Dans ce domaine, l’IA permet de reconnaître le CV qui correspondra le mieux à un profil recherché. Un outil particulièrement redoutable lorsqu’une entreprise reçoit plus de 14 000 demandes pour un seul poste. L’IA se met donc au service de ces cas d’usages.

Cette approche pragmatique permet à Oracle de développer des modèles de recommandations adaptés. Cela nécessite de pouvoir utiliser un vaste champ de données. Le machine learning doit avant tout conserver une approche pragmatique. A l’heure actuelle, de nombreux projets échouent car les jeux de données sont insuffisants. C’est pourquoi nous avons conduit des acquisitions stratégiques comme celle de Datafox, qui nous ont permis de réaliser ce type de performance technologique avec nos données afin de rendre les modèles plus intelligents.

La crise représente aussi des opportunités pour les consolidateurs. Oracle compte-t-il poursuivre son développement au travers de nouvelles acquisitions ?

Nous avons quelque peu modifié notre stratégie en matière d’acquisitions. Oracle est connu pour sa capacité à intégrer rapidement de belles entreprises. Les investissements sont à présent portés vers nos propres solutions, en particulier en direction de la R&D. En matière de plateforme applicative métier par exemple, 80% des outils cœurs de métier ont été redéveloppés par nos ingénieurs et développeurs.

Nous avons unifié des services autour de la plateforme CRM

Nous avons également unifié autour de la plateforme CRM au moyen d’applications acquises ces dernières années, notamment dans le marketing. Cela permet de présenter un socle homogène d’applications métiers pour l’ensemble de nos clients, à même de casser les silos au sein de l’entreprise (RH, CRM/CX, ERP/EPM, Supply chain…).

Malgré cela, nous restons bien entendu au contact du marché et ouverts lorsque des pépites se présentent. Ce fut par exemple le cas avec les acquisitions de Datafox ou encore de CrowdTwist. Leurs valeurs ajoutées sont venues compléter le volet loyalty et fidélisation des clients que nous proposions déjà dans nos offres. Ils représentent l’exemple parfait de notre stratégie en matière de croissance externe et organique. Nous serons à l’avenir portés sur l’acquisition d’entreprises uniquement dans la mesure où ils confèrent des avantages stratégiques sur des aspects pointus de l’innovation technologique.