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Transformation numérique : comment enfin se sentir mieux au travail

La mise en place d’outils numériques nouveaux au sein d’une entreprise est majoritairement considérée comme positive. A condition qu’elle s’adosse à un accompagnement adéquat pour faire des collaborateurs de véritables acteurs du changement.

Les résultats du dernier sondage conduit par Opinionway au sujet de l’impact des outils numériques sur les salariés sont éclairants. Quasiment la moitié des collaborateurs interrogés (45% des sondés) jugent que la transformation numérique et l’apport de nouveaux outils numériques dans leur espace de travail (logiciel, objets connectés, ERP…) créent une flexibilité bienvenue en termes d’horaires de travail, de réactivité et une meilleure coopération entre collègues.

Malgré ces progrès, certains points nécessitent encore d’être revisités par les professionnels. L’étude menée par le cabinet informe que 14% des sondés expriment le besoin d’être accompagnés dans l’utilisation de ces mêmes outils numériques. Leur souhait est ainsi motivé par le fait que cette flexibilité est génératrice de changements pouvant être qualifiés de « dérangeants » par les professionnels interrogés.

Le constat est donc clair, la transformation numérique demeure encore insuffisamment adossée à une stratégie d’accompagnement, de formation et d’inclusion de l’ensemble des employés. « Le sujet est interpellant car on entend rarement parler de ces manques. Aux Etats-Unis, les étudiants ingénieurs reçoivent des cours sur l’impact qu’ont les logiciels sur les comportements des utilisateurs. Les enseignements sont réalisés dans la logique que les solutions doivent non pas répondre à des problèmes de fonctionnalité mais satisfaire des comportements », commente Jacques Levy, directeur général d’Alcuin, un éditeur spécialisé dans la gestion des talents et la formation.

« Il est devenu primordial de faire de la pédagogie inductive »

Pour réduire les écarts de compréhension envers les outils numériques et accompagner au mieux les collaborateurs, les éditeurs font montre de pédagogie en matière de digitalisation des process. L’objectif est de proposer la bonne information, sous la forme la plus pertinente au moment où le collaborateur en exprime le souhait.

« Il est devenu primordial de faire de la pédagogie inductive, c’est-à-dire de proposer des logiciels qui parlent le même langage que les métiers qu’ils couvrent. Ces outils sont à même de faire évoluer les professions vers de nouveaux horizons. On se doit d’être des experts et de comprendre de quoi seront faits les métiers de demain. Les logiciels permettent en cela d’accompagner une entreprise dans sa capacité à muer », insiste le responsable.

Accompagner la digitalisation et… la déconnexion

Face à l’utilisation plurielle des outils numériques, un besoin de recul est également né. Afin de mieux appréhender ces moyens de mieux travailler, certains responsables ont pris soin d’éloigner leurs propres collaborateurs de ces mêmes outils, hors des plages horaires professionnelles. Une sorte de prise en compte de la déconnexion est donc promue par les éditeurs eux-mêmes.

Dans cette optique, le droit à la déconnexion prend toute sa place. Ce concept, relativement nouveau précise qu’il est possible d’instaurer au sein d’une entreprise une forme d’obligation de ne pas se connecter à son outil de travail, même à distance, en dehors des heures de travail. Un principe dessiné par le rapport Mettling dès 2014, mais dont les détails devaient, de l’aveu même de l’ex-DRH d’Orange être « soutenu au niveau de l’entreprise. Le droit à la déconnexion est une coresponsabilité du salarié et de l’employeur qui implique également un devoir de déconnexion. »

Un sujet que porte Joseph Sigrist, PDG de Changr, éditeur permettant aux collaborateurs d’acquérir et partager leurs connaissances, explique : « Les outils digitaux n’ont de sens que si les collaborateurs perçoivent leurs intérêts. Pour éviter des perceptions négatives, il peut être opportun de programmer des plages de recul, de déconnexion même face à ces équipements. Nous sommes en réflexion au sein de l’entreprise afin d’accorder ce droit aux collaborateurs mais il nous faut également réfléchir à l’impact que cela pourrait provoquer chez nos clients ».

Sur ce point, les pouvoirs publics demeurent encore neutres, sans pour autant développer de vision prospective des besoins des collaborateurs. Le dernier texte officiel en date sur le sujet remonte au début 2016. La loi El Khomri (alors Ministre du Travail) venait délimiter en partie une reconnaissance de la déconnexion dans l’environnement professionnel. Le texte laissait la place à l’employeur d’en définir les modalités puis de les communique aux salariés de l’entreprises, sans toutefois accompagner les professionnels dans leur démarche. Un pas en avant mais qui laisse à présent bien seules les entreprises face à l’évolution des habitudes de travail.