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Scale-up : quand les pépites françaises s’attaquent à l’international

Les start-ups n’ont pas le monopole de la réussite, loin s’en faut. Moins médiatisées et en réussite, les scale-up ont d’ores et déjà prouvé leur robustesse et attaquent à présent avec brio de nouveaux marchés, hors de France. Coup de projecteur sur ces entreprises matures que les Etats-Unis, la Chine ou le Japon s’arrachent.

Selon une récente étude conduite par le Tech Tour Growth, la France regroupe de nombreuses sociétés qui réalisent dès à présent une forte croissance et s’avèrent promises à un bel avenir. Parmi ces pépites on retrouve des entreprises que l’on classe dans la catégorie des scale-ups, à savoir des organisations qui ont levé plus de 20 millions d’euros et qui attaquent à présent de nouveaux marchés, hors du territoire national.

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Parfois peu connues, opérant sur des verticales métier encore relativement peu explorées ou sur des terrains innovants, ces scale-up représentent non seulement des exemples de réussite mais également des modèles pour qui souhaite développer son activité et conquérir de nouveaux terrains, y compris à l’international. Le France regorge en effet de pépites dont la croissance s’avère non seulement forte mais également soutenue.

A l’heure actuelle, le pays héberge une petite dizaine environ de jeunes pousses à forte croissance les plus prometteuses, parmi lesquelles on retrouve des sociétés comme Doctolib, Ledger mais également des éditeurs à forte valeur ajoutée tel que Finalcad, Quasar DB ou bien encore Carvivo. Ces mêmes organisations n’hésitent désormais plus à déployer leurs ailes auprès de partenaires majeurs aussi bien en France qu’au sein de nouvelles zones d’activité.

Les groupes nationaux ont ainsi besoin d’accompagnement pour mieux diffuser et faire comprendre leurs process de qualité

Une stratégie d’extension qui n’est envisageable qu’à la condition de comprendre et anticiper les mutations du marché de destination. David Vauthrin, cofondateur et chief marketing officer de Finalcad, éditeur de logiciel mobiles pour la construction explique pourquoi le marché asiatique, et plus précisément le Japon représente un marché de choix : « Le japon a une problématique forte qui est que 30% de la masse salariale est appelée à partir à la retraite. Cela implique que de lourds investissements vont devoir être faits dans la robotique et l’automatisation. Mais surtout que les collaborateurs locaux vont devoir réaliser de grands efforts d’interculturalité dans la mesure où ils vont accueillir des travailleurs étrangers. Cela suppose donc que des travaux d’adaptation des supports logiciels, visuels et informatiques en termes de langues vont devoir être opérés. Les groupes nationaux ont ainsi besoin d’accompagnement pour mieux diffuser et faire comprendre leurs process de qualité ».

L’éditeur se place ainsi non seulement dans le prolongement du développement du groupe avec lequel il est partenaire mais également dans un cadre plus global de transformation de la société nippone et des conséquences qu’elle implique en termes d’évolution des métiers et des processus complexes.

De la difficulté de lever des fonds ?

Pour parvenir à attaquer de nouveaux territoires, encore faut-il avoir les reins solides et disposer de fonds nécessaires afin d’opérer une internationalisation réussie. C’est pourquoi nombreux sont les entreprises à naturellement passer par la case venture capitalist en vue de monter en gamme. Avec un tour de table de 40 millions de dollars réussi en décembre dernier, Finalcad fait figure d’exemple même si sa direction entend raison garder.

« En matière de levée de fonds, il faut comprendre que comparaison n’est pas raison. Beaucoup dépend des modèles économiques. A titre personnel, je rêverai de réaliser 500 millions de chiffres d’affaires sans lever de fonds mais nous sommes sur un marché phénoménal, une traction hyper forte avec un gros potentiel de croissance. En conséquence, nous ne pourrions pas suivre en autofinancement seul. Nous avons besoin de cash pour avancer, être les premiers sur ce marché avec un enjeu fort de time to market qui nous a poussé à réaliser un tour de table », précise David Vauthrin.

Pour pouvoir signer des contrats à plusieurs millions de dollars sur plusieurs années, avec des potentiels d’upselling il est ainsi recommandé de disposer de fonds et pouvoir répondre en cas de forte demande. Cet afflux de capital doit ainsi non seulement servir au fonctionnement de la société afin d’assurer son développement mais également à conquérir de nouveaux clients.

Jean-Claude Tagger, Chief Operating Officer de Quasar DB explique : « suite à notre levée de fonds, nous avons installé un bureau à New York pour diriger notre filiale. L’un des domaines d’application de notre technologie est l’automobile connectée, domaine promis à une forte croissance. Ce serait bête de ne rester qu’en France car il existe un marché important et principal aux Etats-Unis tout comme en Allemagne et en France ».

QuasarDB vient à ce titre d’être sélectionné par Business France et Bpifrance dans le cadre du programme « Ubimobility » afin de pouvoir diffuser sa solution en dehors de France. L’objectif étant de pouvoir contracter avec de nouvelles strates comme, dans le domaine de l’automobile, les compagnies d’assurance ou les équipementiers.

Développer des écosystèmes

Afin de pouvoir développer son activité, il est devenu primordial de pouvoir créer et nourrir un écosystème complet afin non seulement de générer des leviers de croissance mais également de faire en sorte que l’ensemble de la chaîne de valeur d’un secteur se connecte et puisse s’échanger informations, innovations, tendances dans un but économique et résolument prospectif.

« Construire un écosystème est devenu un point majeur. A l’heure actuelle, les acheteurs disposent de nombreuses innovations mais ne savent pas connecter les points entre les propositions de valeur et voir le nombre de sociétés qui opèrent dans ce même secteur. L’idée est d’obtenir un écosystème cohérent dans une chaîne de valeur donnée. Il faut donner de la visibilité à toute l’offre qui existe car il y a beaucoup d’innovations. Les acheteurs cherchent de la visibilité et de créer des écosystèmes pour que les acheteurs se parlent entre eux », explique David Vauthrin.La France a aussi une fâcheuse habitude de ne reconnaître une innovation que lorsqu’elle a été présentée aux Etats-Unis

Pour parvenir à bâtir un écosystème robuste, l’ensemble des professionnels se rejoignent sur un point majeur : sélectionner et se tenir en premier lieu à une verticale à explorer. « L’écosystème sera d’autant plus facile à créer » indique Jean-Claude Tagger. « Certains grands groupes français sont encore trop timides en particulier les informations lorsqu’ils s’agit de partager des informations dans les couches basses. La France a aussi une fâcheuse habitude de ne reconnaître une innovation que lorsqu’elle a été présentée aux Etats-Unis. Les américains peuvent être prêts à franchir le pas rapidement lorsqu’une solution nouvelle apparaît, pour la tester à grande échelle ».

L’édification d’écosystèmes semble donc être l’une des clés majeures en faveur du développement des scale-ups tricolores. Un point déjà admis par certains grands groupes, comme Dassault Systèmes notamment, et qui devrait à terme être l’un des points majeurs du développement de l’économie numérique française et de ses composantes les plus dynamiques.