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Présidence française de l’UE 2022 : vers une stratégie d’autonomie stratégique industrielle

La renaissance industrielle est au cœur du dispositif lié à la Présidence française de l’UE 2022. Afin d’aborder une autonomie stratégique de cette filière, le Forum UE 2022 en partie organisé par numeum pose les jalons des axes stratégiques de développement de l’industrie 4.0.

Alors que la Présidence française de l’UE 2022 se profile, les stratégies autour du numérique s’affinent. Dans ce cadre, l’Industrie et le numérique disposent d’un rôle commun à jouer. En particulier dans les domaines de la stratégie industrielle propre aux acteurs européens. Mais aussi quant aux règles de jeu équitable (level playing field). Autant de thématiques fondamentales auxquelles se lient des enjeux relatifs à la relance économique, la puissance des écosystèmes et à l’appartenance européenne.

Clément Beaune, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes

Pour répondre à ces questionnements, les conseillers du Commerce extérieur de la France (CCE), le Cercle des Délégués Permanents Français (CDPF), France Industrie et numeum s’associent. Ils lancent un cycle de débats. L’initiative Forum UE 2022, « Réussir ensemble la Présidence française de l’UE » explorent le champ des possibles. Une série de débats réalisée avec le concours de la Représentation Permanente française auprès de l’UE.

« Nous devons avoir une stratégie industrielle de plusieurs milliards sur plusieurs décennies »

Une position soutenue par Clément Beaune, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes. Il explique : « A près de 6 mois de la prise de présidence de l’Union européenne, des sujets sont déjà sur la table sur la régulation du numérique. Au sujet de l’industrie, la prise de conscience des enjeux industriels a beaucoup progressé dans l’UE. Nous avons désormais la possibilité de savoir si un acteur non européen est massivement financé par son Etat. Nous n’avons pas non plus une politique de fermeture. Il faut de la fermeté non pas dans la fermeture mais dans la protection pour garantir une concurrence équitable. L’idée n’est donc pas de casser un modèle de concurrence. Notre stratégie est celle de l’investissement européen. Notre enjeu industriel et économique se situe ici. Le changement d’état d’esprit est sur la table pour disposer d’une capacité d’investissement européenne ».

L’enjeu est, en effet de taille. Dans une logique de régulation équilibrée, les représentants européens souhaitent éviter tout décrochage des acteurs de la filière dans les 10 années à venir. C’est pourquoi Clément Beaune insiste : « Nous devons avoir une stratégie industrielle de plusieurs milliards sur plusieurs décennies ».

Une France trop désindustrialisée

Dans la continuité du rapport de novembre 2020 sur les politiques industrielles en Europe, un constat s’impose. La France demeure l’un des pays de l’Europe qui s’est le plus désindustrialisé au cours des dernières années. La part de l’industrie au sein du PIB national n’à, à ce titre, eu de cesse de se résorber. Un premier diagnostic a ainsi été formulé dès 2012 suite au rapport Gallois. Depuis, des mesures tel que le CICE, la loi Pacte, la baisse de l’impôt sur les sociétés ou des impôts de production ont tenté d’inverser la tendance.

Présidence française de l’UE 2022 TechTalks Numeum

Malgré tout, la réduction des dysfonctionnements stratégiques a eu pour conséquence d’amoindrir la compétitivité des acteurs locaux. Gilles de Margerie, Commissaire général auprès de France Stratégie explique : « Nous avons des raisons solides de penser que nous avons réduits les handicaps concurrentiels dont souffraient les entreprises françaises. Nous avons d’ores-et-déjà atteint un palier dans la décroissance industrielle. »

C’est pourquoi de nouvelles mesures de soutien ont été prises par l’Europe. Olivier Guersent, Directeur Général de la Direction générale de la concurrence (DG COMP) de la Commission européenne explique que la crise du Covid a accéléré une prise de conscience. « Le mandat von der Leyen a permis de conduire une véritable stratégie industrielle propre. Elle a désormais été mise à jour pour augmenter la résilience du marché unique et éviter sa fragmentation. La libre circulation des biens et des services est à présent garantie, y compris en période de crise sanitaire », ajoute-t-il.

Que tous les européens achètent « européen »

Pour garantir un cercle vertueux, les experts réunis au sein du Forum 2022 soutenu par numeum s’accordent sur un point. Il convient de faciliter et d’encourager la commande, notamment publique, en direction des acteurs européens. Stéphane Israël, PDG d’Arianespace, précise : « Nous avons besoin d’une politique européenne clairement définie afin que tous les européens achètent européens. Il est nécessaire d’initier de grands projets et d’investissements, de lancer des normes autonomes pour réguler certains pans de nos activités ».

Le responsable prend ainsi pour exemple l’essor de la société SpaceX lancée par Elon Musk. Un cercle vertueux atour de la commande publique s’est noué aux Etats-Unis permettant l’arrivée de capitaux privés. Cet acteur a ainsi réussi à verticaliser la chaîne de valeur du marché de l’aérospatiale. Il construit et lance lui-même ses propres satellites.

Présidence française de l’UE 2022 TechTalks Numeum

Chaque professionnel s’accorde ainsi à dire que la souveraineté industrielle doit se réfléchir à l’échelon européen. Laurent Giovachini, Directeur général adjoint de Sopra Steria, explique : « nous prônons un équilibre entre ouverture du marché européen et notre souveraineté. Nous voulons assurer les conditions d’un level playing field pour que chacun puisse exercer ses talents à travers les frontières notamment européennes ».

L’importance demeure ainsi de constituer des leaders mondiaux du numérique. Laurent Giovachini ajoute : « Des places sont encore à prendre sur les marchés BtoB et de l’industrie 4.0 Nous pouvons conduire des politiques industrielles plus offensives sans nuire aux règles relatives à la concurrence. Il est possible de préparer les futurs leaders européens au travers de grands programmes de R&D. Ces éléments doivent être mis en œuvre en particulier dans le domaine du numérique. »