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Philippe Simon, CEO Cegedim Insurance Solutions : « Nous sommes le seul groupe au monde à ouvrir gratuitement nos bases de données en vraie vie aux chercheurs non sponsorisés »

Rencontre avec le dirigeant de la branche Insurance Solutions de l’éditeur de logiciels Cegedim, Philippe Simon.

La HealthTech représente un secteur à fort potentiel de croissance. Comment le Groupe Cegedim s’inscrit-il dans cette logique ?

L’ADN de Cegedim est, depuis sa création, celui des technologies et des bases de données, des algorithmes et des systèmes experts. De nombreux organismes privés, chercheurs et organismes publiques, utilisent les nos ressources en France et de nombreux pays européens.

Portrait de Philippe Simon, CEO Cegedim Insurance Solutions
Philippe Simon, CEO Cegedim Insurance Solutions

Accessibles aux techniques d’IA, les bases de données produites à partir de nos logiciels médicaux en France et au Royaume-Uni sont connues mondialement sous le nom THIN (The Health Improvement Network). Elles sont à l’origine de plus de 600 publications dans le monde de la recherche médicale internationale.

L’application des modèles issus des données en vraie vie permettent aux acteurs de l’assurance santé et notamment aux acteurs de la prévention de concevoir des offres adaptées aux populations de leurs clients en contrats collectifs. Les médecins des entreprises peuvent ainsi mieux détecter les risques potentiels encourus par les salariés. Quant aux assureurs, ils améliorent la pertinence de leurs contrats notamment en matière de prévention.

Dans quelle mesure utilisez-vous l’intelligence artificielle afin de prédire et anticiper l’arrivée de maladies ?

Les bases de données médicales de Cegedim sont par construction, des bases disponibles sur des formats Big Data accessibles aux techniques de l’Intelligence Artificielle. Hébergées en environnement agréé « Hébergement des Données de Santé » (HDS), elles respectent la législation en vigueur sur la protection des données (RGPD). Elle sont aussi construites sur les standards internationaux OMOP de l’OHDSI (The Observational Health Data Sciences and Informatics).

Le volume des bases massives THIN, plusieurs milliards de données élémentaires, imposent l’utilisation des technologies de l’intelligence artificielle.

Les motivations de nos chercheurs et utilisateurs ne sont pas de prédire l’arrivée de nouvelles maladies. Mais plutôt de mieux comprendre les différentes interactions existantes et d’améliorer nos connaissances et la gestion des soins. A titre d’exemple, l’objectif sur certaines pathologies plus ou moins rares est de réduire de plusieurs semaines ou de plusieurs mois le temps entre la prise en charge du malade et l’établissement d’un diagnostic conforme.

La loi République numérique (loi Lemaire) aborde la notion d’intérêt général à propos des données dites d’intérêt général dans les transports, la santé… Rendre ces données obligatoirement ouvertes est-il sensible ?

A l’évidence, l’amélioration de la prise en charge des patients est un sujet d’intérêt général, et le Groupe Cegedim y est très sensible. Nous sommes le seul groupe au monde à ouvrir gratuitement nos bases de données en vraie vie aux chercheurs non sponsorisés. C’est-à-dire aux chercheurs qui ne sont pas soutenus par des organisations à but lucratif.

Un Gif représentant le docteur House, disant "tu es bon"

Ont été publiés des travaux portant sur l’ « Analyse des stratégies de diagnostic du syndrome de Gougerot Sjögren en France en médecine de ville ». Ainsi que sur l’« Evaluation du suivi des recommandations de prise en charge des infections urinaires en médecine de ville en France ».

Le secteur de l’assurance connaît actuellement de formidables transformations. Comment accompagnez-vous cet élan ?

Cegedim Insurance Solutions est un éditeur de logiciel proche du client. En front office (portails, souscription en ligne). Et en back office pour la gestion des contrats et des affiliations et la liquidation des prestations. Nous développons le métier d’opérateur BPO (opérateur de tiers payant et de gestion déléguée en marque blanche) pour nos clients en santé et de prévoyance. Cette activité connaît actuellement une croissance à deux chiffres.

D’autres mouvements majeurs sont également en cours. L’externalisation n’est plus un gros mot. Elle devient un élément permettant aux professionnels de se transformer, de concentrer leur énergie ailleurs. C’est également le sens de l’histoire. Dans le domaine de l’assurance, si le suivi réglementaire n’apporte pas de réelle valeur ajoutée à l’assureur et est consommatrice de ressources, il n’en demeure pas moins indispensable. L’externalisation permet aux opérateurs de se focaliser sur leur offre et le suivi de leurs clients, en santé et en prévoyance.

Une personne en bonne santé qui fait du Yoga

Ce domaine est en nette accélération du fait des évolutions réglementaires. Et si l’ensemble des données sont hébergées en France, certains clients demandent à ce que nous opérions l’ensemble des traitements en France. Des attentes que nous accompagnons naturellement.

Le fait d’être une ETI familiale permet-il de faire évoluer aisément l’activité de Cegedim ?

Cegedim est un groupe familial, coté en bourse, fondé en 1969 par Jean-Claude Labrune, qui détient la majorité du capital. Le fait d’être un groupe familial nous assure une vision long-terme. De même, le fait d’être coté au second marché de la bourse de Paris présente des avantages non-négligeables notamment en termes de transparence et d’axes d’investissement pour lever des fonds, des vecteurs très rassurants pour nos clients.

Cegedim est ainsi positionné et visible sur le marché de la santé. En particulier dans le domaine des solutions et services pour les professionnels de santé (médecins, pharmaciens, centre de santé, auxiliaires médicaux…). Mais aussi sur le secteur de l’assurance santé en France et à l’international.

Quelles sont vos perspectives de développement, en particulier à l’international, en tant qu’ETI forte du secteur ?

Concernant nos métiers liés à l’assurance santé, nous avons commencé à dupliquer notre modèle à l’international dès 2006. Nous nous sommes implantés dans des pays aux modèles de santé proches de celui appliqué en France (systèmes de couverture maladie obligatoire). Nous avons ainsi mis en place des systèmes complets d’assurance maladie dans ces pays.

Il y a 4 ans, nous avons souhaité accéder au reste du marché international basé sur un modèle d’assurance privée. Nous avons ainsi réalisé le rachat d’Activus. La société était déjà dotée d’une base installée, d’une solution propre et d’un savoir-faire unique dans la gestion des expatriés. Cela nous a permis de disposer de positions sur les marchés britanniques et américains mais également en Asie.

Nous conservons également un potentiel de développement intéressant en France notamment via le marché de la prévoyance. Dans les années à venir, les assureurs vont progressivement diversifier leurs activités vers des services d’accompagnement. Nous investissons dans des outils facilitant l’identification de nouveaux services et leur orchestration. L’objectif est d’apporter une valeur ajoutée à nos clients assureurs. L’idée est de leur permettre de proposer la bonne offre, à la bonne personne et au bon moment.