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Visions de Smart City : 5 prévisions pour la ville de demain

La ville intelligente représente sans conteste le défi majeur de ces prochaines années en matière d’organisation sociétale et économique. Alors que les agglomérations numérisent leurs actifs et s’équipent d’objets connectés, les éditeurs développent des visions prospectives de ce que sera la ville demain.

La ville intelligente, bardée de capteurs connectés et rendant service aux citoyens, est une réalité. Après plusieurs années d’expérimentation, les cités sont entrées dans une phase visant à proposer aux administrés de répondre à leurs besoins et faciliter leur quotidien. Un mouvement majeur auquel s’adossent les villes mais également les éditeurs de logiciels, en première ligne de cette transformation numérique.

Signe patent de ce mouvement majeur, le dernier rapport en date émis par la puissance publique (rapport d’avril 2017 du député du Maine et Loire Bélot) présente la smart city comme un outil aux mains des collectivités territoriales permettant « d’améliorer les services publics, les rendant plus personnalisés et plus efficients. C’est également une opportunité formidable pour les entreprises françaises, championnes des métiers de la ville mais également PME et start-ups, car le marché mondial est estimé entre 400 et 1 600 Md$ à l’horizon de 2020 ».

Dans cette optique, les éditeurs développent dès à présent des visions permettant de rendre non seulement les villes plus intelligentes, mais qui répondent également aux besoins de la population, en assemblant notamment de nombreuses données via des plateformes unifiées et connectées dans un objectif de rendre ces lieux de vie durables et inclusifs.

Une meilleure communication avec la puissance publique

Bâtir une ville intelligente dépend de la nature de la relation nouée entre partenaires privés et publics. Depuis plusieurs années, ces deux types d’acteurs se rejoignent dans des intérêts communs. L’idée est ainsi de fournir aux professionnels de véritables vitrines de smart city afin d’éviter l’éclatement de projets sans liens entre eux ne servant que de démonstrations.

Pour éviter le syndrome de la « maison témoin », certains éditeurs ont renforcé leurs relations avec la puissance publique.

Mustapha Derras, directeur exécutif de la Recherche et de l’Innovation chez Berger-Levrault explique : « Je ne connais pas réellement de ville qui peut prétendre être totalement intelligente. Encore trop d’agglomérations s’arrêtent au PoC (Proof of Concept, ndr) et n’intensifient pas leurs démarches. Nous travaillons main dans la main avec des villes comme Toulouse ou Lille pour répondre et identifier leurs besoins réels. Que ce soit en termes d’économie d’énergie, de consommation d’eau potable ou de circulation des fluides. On parle ici de mettre en lien la technologie avec des facteurs sociaux et économiques ».

Dans un contexte de transformation numérique des collectivités, la priorité va donc à l’identification des besoins pour rendre service au mieux aux administrés. Les éditeurs concentrent leur attention sur ces attentes en matière de services permettant de réaliser des démarches en ligne ou de déployer des modules de e-démocratie au sein des projets d’aménagement locaux. Un accord gagnant-gagnant entre privé et public dans une optique de ne pas imposer les usages aux citoyens mais de les comprendre au mieux.

Une plateformisation en marche autour de la data

La ville connectée induit de facto l’agrégation considérable de données. Pour recueillir, assembler et régir ces informations, les cités ont besoin de plateformes robustes et adaptées aux attentes de leurs habitants. Ces dernières sont en mesure de proposer des solutions adaptées en fonction des besoins.

A l’image de Dassault Systèmes, qui s’est résolument inscrite dans une logique de Production as a Service dont la finalité est d’embrasser un large écosystème. Une nouvelle forme d’entreprise dans l’optique de fournir des éléments de constitution de la smart city. Le groupe a ainsi virtualisé l’ensemble des flux disponibles de la ville de Rennes afin d’en optimiser la circulation.

De son côté, Berger-Levrault s’inscrit également dans cette logique de plateformisation de la ville intelligente. « Pour que la smart city soit une réalité, faut-il encore qu’existent les données numériques. Il est important d’élaborer des piliers permettant de constituer ces informations et de les recueillir pour que les villes se rendent compte de l’existence encore faible de cette donnée numérique en ville », nous précise Mustapha Derras.

Pour une ville durable !

L’émergence et la maturité de technologies tel que l’Internet des objets ou le jumeau numérique fait naître des interrogations naturelles quant à la place des concitoyens au sein de leur environnement. Ces équipements, aussi novateurs qu’ils soient, doivent en effet pouvoir tenir dans le temps et être réutilisables à souhait. Il est en effet logique que ces éléments ne possèdent qu’une empreinte écologique faible et ne soient pas une source de pollution.

C’est le pari tenu par l’éditeur Greenspector. La société tente de sensibiliser les professionnels qui éditent des solutions pour la smart city aux besoins durables. Thierry Leboucq, son dirigeant, précise : « Une smart city doit avoir un impact social environnemental positif et se doit d’être inclusive. Elle ne doit donc pas faire consommer plus qu’elle ne rapporte à la ville. De plus en plus de services numériques de notre quotidien sont déployés sans que soient mis en reliefs leurs coûts en termes sociaux et environnementaux ».

La start-up a ainsi mis en place des outils d’optimisation d’application mobile ou de sites Web, afin de réduire au maximum leur consommation d’énergie. Afin de sensibiliser et certifier les objets connectés dans l’optique de réduire la pollution numérique qu’ils pourraient causer, Greenspector s’appuie sur de grands groupes comme LVMH, La Poste ou la SNCF pour proposer ses solutions.

La marche est encore longue pour faire des villes des endroits durables, technologiquement parlant. La maîtrise de l’IoT inclut de fait de nombreux intermédiaires et de couches (allant de la production à l’installation). Il est donc complexe de rendre l’ensemble de ses strates éco-responsables. « Les gros acteurs du secteur ne maîtrisent pas le produit intégré qu’ils postposent. Il en va de même pour les sous-traitants. Pourtant cette chaîne a un impact sur le produit final. Ces mêmes faiseurs n’ont pas encore endossé la responsabilité d’édifier des green smart cities », explique Thierry Leboucq.

Comment rendre la ville inclusive ?

Par définition, la cité se doit d’accueillir en son sein nombre d’habitants quelle que soit leurs ressources. Ce lieu de convergence doit pouvoir s’appuyer sur la technologie en vue d’inclure toutes les populations. De nombreux tests grandeur nature permettent ainsi de réduire les consommations d’énergie dans les bâtiments qui accueillent du public, mesurer la qualité de l’air via l’IoT ou encore d’établir des parcours de marche pour les populations âgées.

Pour autant, peu de solutions réellement complètes visant à favoriser l’inclusion n’émergent encore. Il existe encore donc peu de solutions développées dans ce domaine alors qu’il s’agit là d’un domaine de société probant. De nouveaux systèmes sont toutefois actuellement à l’étude visant à mieux faire comprendre et accepter la technologie par tous.

Les éditeurs ne ferment d’ailleurs pas les yeux sur cette tendance et cherchent plutôt à l’accompagner. Reste toutefois à déterminer les bons outils pour promouvoir l’inclusion de l’ensemble des usagers des services de la ville afin qu’ils se sentent moins vulnérables face au numérique.

Connectivité : cap vers la 5G

En matière de connectivité réseau, un nouveau pas sera très prochainement franchi en France. Des fréquences mobiles seront mises aux enchères en 2020 afin de proposer la 5G sur les réseaux des opérateurs de télécommunication. Pour autant, ces derniers entendent déployer ces moyens sur les zones les plus densément peuplées et dans lesquelles des déploiements d’applications se feront.

La ville intelligente pourrait donc connaître un nouvel essor du fait de l’arrivée de ces nouvelles autoroutes de la communication. Dans sa feuille de route sur le sujet, Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État en charge des Télécoms auprès du ministre de l’Économie et des Finances, a ainsi précisé au Figaro que la 5G devrait notamment servir la smart city au même titre que « l’usine du futur, la santé, les drones… Cette technologie permettra également de renforcer ponctuellement les réseaux mobiles dans des zones urbaines très denses pour accompagner les besoins massifs d’usage de données en mobilité ».

A l’image de la 5G, des technologies émergentes comme l’Edge computing, ou déjà matures comme l’Internet des objets vont modifier profondément la structure des réseaux de communications ainsi que les moyens dont les citoyens communiquent entre eux. Une évolution en marche qui arrivera rapidement sur nos territoires et dont les villes n’ont plus qu’à s’emparer pour rendre leurs communes plus « smart ».