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Défi RH : pourquoi y’a t’il si peu de femmes dans la cybersécurité ?

A l’image de nombreux domaines du numérique, la cybersécurité fait face à une véritable pénurie de compétences. Alors que l’offre de formation ne suffit plus à répondre aux besoins des entreprises, il est devenu important d’attirer des profils divers en particulier féminins. Un véritable défi RH que relèvent une partie des éditeurs.

Seulement 20% des collaborateurs du secteur de la cyber sont des femmes

Le secteur de la technologie et plus largement du numérique est encore peu féminisé. Les derniers rapports expliquent qu’environ 20% des collaborateurs de ce secteur sont des femmes. Une fracture qui s’étire à mesure que l’on entre dans le détail, vers des professions véritablement techniques ou sur des spécialisations précises.

C’est le cas de la cybersécurité, domaine dans lequel la féminisation et la montée en compétence de ces profils est devenu une donnée complexe. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce manque. Invités dans le cadre d’un débat sur le sujet durant le FIC 2019 (Forum international de la cybersécurité), plusieurs responsables ont pu aborder le sujet afin d’élaborer des solutions communes. Un véritable défi RH en cours.

« Les stéréotypes ont la vie dure. Nous intervenons dans les écoles pour promouvoir le métier. Certains professeurs ou même certains jeunes estiment que le métier est trop technique »

Si des initiatives visant à mieux faire connaître ces métiers ou à délivrer de l’information pertinente sur certaines spécialisations ont bel et bien été éditées, le manque demeure patent. Pascal Chour, chargé de mission au CFSSI (au sein de l’Anssi) explique : « Nous assistons à une accélération des formations en cybersécurité depuis 2010. Pour combler le vide, nous avons en place un MOOC portant sur la sensibilisation à la sécurité. Nous avons reçu 80 000 inscrits. C’est le signe qu’il existe une demande ».

Au-delà de la sensibilisation, il est donc devenu important de rendre attractives ces professions. A l’heure actuelle, de nombreux postes dans la cybersécurité sont octroyées à des personnes qui, dans une logique de seconde partie de carrière, entendent diversifier leurs connaissances et étendre leur spectre d’activité. Sur ces mêmes profils, on trouve alors encore relativement peu de personnel féminin.

Expliquer la cybersécurité aux plus jeunes

S’il y encore trop peu de jeunes ou de femmes dans ce domaine, c’est principalement dû au fait que cette population n’a souvent pas connaissance de ces métiers spécifiques. Fatiha Gas, vice-Présidente de l’Esiea Paris explique : « Les études montrent que les jeunes décident de leur métier dans 60% des cas dès qu’ils ont 16 ans. Mais une très faible partie d’entre eux sait ce qu’est la cybersécurité et très peu de femmes parlent de l’informatique comme un moyen d’en faire un métier. Il faut donc parler aux plus jeunes de ce qu’est l’informatique ou même la cybersécurité car ils n’en ont jamais entendu parler. »

Il y a donc un problème probant de méconnaissance du sujet alors même que la profession a besoin de former de nouvelles personnes et de les faire monter en compétence. Pour y parvenir, les grandes écoles recommandent de communiquer sur les supports qu’utilisent les plus jeunes tel que YouTube ou les réseaux sociaux.

Une position soutenue par Sylvie Blondel, directrice des ressources humaines de Stormshield. Elle précise : « Les stéréotypes ont la vie dure. Nous intervenons dans les écoles pour promouvoir le métier. Certains professeurs ou même certains jeunes estiment que le métier est trop technique et véhiculent l’idée selon laquelle pour travailler dans ce domaine il faut être un homme, un geek barbu qui porte des T-shirts… alors que nous avons besoin d’autres profils. C’est un processus long qui ne portera ses fruits que dans 20 ans peut-être ».

Ne pas miser uniquement sur les compétences techniques

C’est pourquoi Stormshield insiste. Les compétences techniques ne sont pas uniquement celles que requièrent les professions liées à la cybersécurité. L’éditeur mise sur le besoin fort en termes de collaboration entre équipes. Mais aussi sur le sens du travail collectif, de la résolution de tâches complexes en commun.

Sylvie Blondel ajoute : « Nous avons actuellement 15% de femmes dans notre entreprise. Mais si l’on retire les métiers RH ou support, nous tombons à 4%. Je ne suis pas particulièrement en faveur des quotas, mais il va falloir agir vite. Le Moyen-Orient, l’Asie ou bien encore l’Inde atteignent des taux de 50% de femmes insérées dans ces formations. A terme, un fossé risque de s’élargir ».

Il revient donc aux dirigeants mais également à la puissance publique de mettre en avant l’ensemble des profils en devenir. Et ce, dans tous les territoires, pour toutes les populations. Un défi RH en somme.