il y a 4 mois -  - 4 minutes

Agathe Wautier, The Galion Project, « Nous constatons une sororité entre femmes de la tech »

Agathe Wautier est à la barre du Galion Project, un club de 230 entrepreneurs qui rassemble quelques-unes des pépites françaises de la tech comme Criteo ou Scality, ainsi que des entrepreneurs visionnaires tels que Bertrand Diard et Frédéric Mazzella. Une position de choix pour promouvoir les écosystèmes numériques mais également des valeurs majeures comme l’inclusion ou la présence de femmes dans le numérique.

Le dernier rapport du secrétariat d’Etat au numérique de mai 2018 est clair. Le numérique doit être inclusif s’il désire se développer dans la mesure où l’enjeu de la transformation numérique n’est pas que technologique, mais également culturel (.pdf). Dans ce cadre, il est à présent admis qu’agir pour la montée en compétences numériques est devenu une condition du développement d’une société numérique performante et humaine.

Dans ce contexte de numérisation et de complexification croissante de la technologie, se renforce le risque d’exclusion. Afin de lutter en faveur de l’inclusion, le Galion Project a publié un guide de bonnes pratiques destiné aux entreprises du numérique. Baptisé « Galion Gender Agreement », il propose pas moins de 45 recommandations pour davantage de diversité dans la tech.

Vous êtes engagée personnellement et collectivement en faveur de l’inclusion des femmes dans le numérique. Comment évoluent les mentalités sur ce sujet ?

Beaucoup a été fait en termes de pédagogie, pour faire comprendre l’attractivité des métiers techniques auprès de tous mais il reste encore du chemin à parcourir. Dans certains pays, comme en Inde par exemple, de nombreuses femmes choisissent des filières techniques et technologiques. La parité homme-femme est un sujet prééminent qui doit aboutir à une véritable prise de conscience quand bien même le changement de culture demeure très lent.

La charte du Gender Agreement permet en quelque sorte de faire bouger les choses. Pour nous, l’inclusion constitue en premier lieu un enjeu en termes de performances économiques.

Des équipes constituées d’hommes et de femmes sont naturellement plus performantes. L’enjeu est également sociétal puisqu’il s’agit de faire prendre conscience à chacun de l’importance d’avancer ensemble. Un pays comme les Etats-Unis y parvient relativement bien même s’il manque encore de réalisme dans l’exécution des mesures d’inclusion.

« Il s’agit de faire prendre conscience à chacun de l’importance d’avancer ensemble »

A titre strictement personnel, et ce sans engager le Galion Project, je suis même favorable à la pratique des quotas en faveur des femmes. Tout du moins sur une période limitée, afin d’instaurer des habitudes fortes. Mais la question va plus loin que de simples obligations, cela concerne également les femmes au sens premier du terme. Elles doivent se responsabiliser face aux hommes. A ce jour, seulement 1,9% des investissements des VC sont allés dans des sociétés dirigées par des femmes. Ce taux demeure encore beaucoup trop faible.

J’ajouterai qu’il est nécessaire qu’il existe davantage de diversité au sein même des sphères de pouvoir. Ce besoin d’inclusion a permis à certains géants de la tech de développer leurs boards et de ne plus reproduire certains schémas. C’est un facteur important pour mener un business de manière saine et sereine.

Quelles évolutions permettraient de mieux diversifier les équipes ?

Le congé paternité constitue un changement majeur dans les mentalités. Le fait que Mark Zuckerberg annonce clairement son recul de ses activités alors que sa compagne venait d’accoucher constitue un signal fort. Mais la question demeure encore générationnelle et nous sommes dans une démarche purement incitative et non pas dans un quelconque jugement.

Nous constatons à présent davantage de sororité entre femmes de la tech, nous nous poussons à nous entraider, ce qui permet de faire avancer les choses. Si le congé paternité constitue ainsi un levier, les quotas, l’aménagement du temps de travail, l’aide au placement en crèche représentent tout autant des moyens pertinents pour nouer de nouvelles relations.

Sur ce sujet, les hommes nous aident beaucoup. Le Galion Project est né en partie grâce à des hommes comme Jean-Baptiste Rudelle ou Bertrand Diard, qui ont été éduqués par des femmes qui ont, elle-même, travaillé. Cela change leur vision et permet de faire avancer les choses en bien.

Outre ces recommandations, le Galion Project progresse. Quels sont vos prochains objectifs de développement ?

Nous sommes actuellement en train d’opérer une véritable transformation pour développer le Galion. Cela fait désormais 4 années que le projet a grandi et nous avons trouvé une rentabilité nous permettant de faire augmenter notre capital dans l’optique de croître plus sereinement. Nous sommes à la base un réseau d’entrepreneurs et d’entraide. Notre raison d’être réside donc dans la stimulation et le soutien entre pairs. A l’image des socios, nous demeurons une aventure coopérative et participative entre entrepreneurs.

« Il y a aujourd’hui une place à prendre en développant un réseau international »

L’idée est donc d’aborder 2019 en se fixant des objectifs, notamment à l’international. Nous souhaitons en premier lieu sanctuariser la partie réseau de partage entre pairs. C’est pour cette raison que nous mettons sur pied une Galion House dans l’optique de maximiser ces précieux moments d’échanges et de rencontres. Nous nous sommes rendu compte avec des initiatives comme The Family ou Station F que la notoriété passait par des lieux référents. La création d’une Galion House représente en ce sens notre première marche vers notre internationalisation.

Nous disposons d’un réseau en France et sommes développés aux Etats-Unis, notamment à New-York grâce à Alix de Sagazan (AB tasty). Nous mettons également le cap vers Londres et San Francisco, véritable lieu dans lequel les entrepreneurs sont très présents.

Il est devenu primordial de développer des réseaux européens et internationaux dans le but de créer des ponts entre les écosystèmes. Il y a aujourd’hui une place à prendre en développant un réseau international. Et nous sommes clairement en train de le faire naître.